Confédération des Organisations de Jeunesse Indépendantes et Pluralistes
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Harcèlement entre élèves: comprendre – identifier – agir

  20 Jan , 2014       COJ

Ces dernières années, les cas de harcèlement entre élèves font de plus en plus parler d’eux, largement relayés par la presse. S’agit-il pour autant d’un nouveau phénomène de violence à l’école ? Non, juste un phénomène davantage cerné par de nombreuses recherches. IL peutêtre, dès lors, repéré et qualifié avec plus d’efficacité que dans le passé.

Aujourd’hui, la plupart des études en Europe concluent que 8 à 15% des jeunes scolarisés seraient concernés par des situations de harcèlement. Sachant que les conséquences psychologiques et scolaires peuvent s’avérer graves, il est temps d’en parler le plus largement possible et de diffuser les moyens de prévention et d’intervention qui existent aujourd’hui.

Mais de quoi s’agit-il exactement? Qu’est-ce que le harcèlement entre élèves ? Commençons par un exemple : Jérémie est nouveau dans une école avec internat. Un soir, les jeunes de sa section sont rassemblés dans la salle de jeux, ils se racontent des blagues. Jérémie qui est plutôt réservé finit par en raconter une. Sa blague fait un ‘flop’. Silence. Max, un élève à peine plus âgé, à l’aise dans le groupe et bien intégré, familier des bonnes blagues bien racontées, enchaine par une blague moqueuse à propos de Jérémie et déclenche les rires de toute l’assistance. Désappointé, mal à l’aise, Jérémie ne se sait que répondre et esquisse un rire jaune. C’est à partir de là, que, durant les jours suivants, Max continuera à mettre de l’ambiance en se moquant des blagues à la c… de Jérémie. La stigmatisation de Jérémie commence alors, ainsi que son calvaire : il sera victime de moqueries à répétition, de mises à l’écart, de jets d’objets en classe, etc. Son parcours scolaire va s’en ressentir et il finira par devoir changer d’école.

On le voit dans cet exemple, le harcèlement entre élèves (appelé school-bullying en anglais) présente plusieurs caractéristiques assez précises. Généralement, les spécialistes affirment  qu’un jeune est victime de harcèlement lorsque :

  •  il est soumis de façon répétée et sur une certaine durée à des comportements perçus comme violents, négatifs, agressifs de la part d’une ou plusieurs personnes;
  •  il s’agit d’une situation intentionnellement agressive qui vise à mettre en difficulté la victime ;
  •  il y a une relation de domination psychologique telle que la victime n’est pas en mesure ou ne se sent pas en mesure de sortir de ce rapport de force, de se défendre.

Ce qui veut dire aussi que lorsque deux jeunes de force égale (pas seulement physique…) se disputent, se moquent, s’insultent, se battent, il ne s’agit pas de harcèlement.

Physique, verbal, cyber & LOL!

C’est là un des aspects qui le rend difficilement identifiable : le harcèlement peut prendre de nombreuses formes. Il peut être « physique » : faire des gestes, donner des coups, jeter des objets, bousculer, contraindre à certaines actions ; il est le plus souvent « verbal » : insulter, se moquer, donner des surnoms, faire circuler de fausses rumeurs, menacer, user de sarcasmes ; il peut s’agir de « racket » : appropriation d’objets appartenant à la victime, taxage ou grattage de cigarettes, d’argent, de gsm, … ; il peut être question aussi de harcèlement sexuel et, de plus en plus souvent, semble-t-il, de cyber-harcèlement, comme par exemple, envoyer des messages négatifs par sms ou sur les réseaux sociaux, ou le « outing », le fait de diffuser publiquement des informations privées qui avaient été transmises sous le sceau de la confiance et qui sont envoyées à un groupe de personnes beaucoup plus large, ou encore, la diffusion de photos et de vidéos de la victime diffusées sans son consentement et affublées de commentaires humiliants.

La plupart du temps, les victimes subissent plusieurs de ces formes de harcèlement et la détresse psychologique qui en découle est souvent d’autant plus grande que le harcèlement est plus intrusif dans leur quotidien, non seulement à l’école, mais aussi à la maison ou hors des murs de l’école via les réseaux sociaux et l’utilisation fréquente de leur gsm.

Une autre dimension importante de ce phénomène réside dans sa nature « groupale ». Contrairement à d’autres formes de violence à l’école, les cas de harcèlement ont lieu en présence et grâce au groupe de pairs, les ‘témoins’. La plupart du temps, le ‘harceleur’ va rechercher, grâce à une instrumentalisation du rire (« …et c’est pour rire » – « LOL ! »), à renforcer sa position dominante dans le groupe en agissant devant des témoins. Certains rallient le ‘harceleur’ (les ‘suiveurs’), d’autres ne présentent pas de positionnement clair (‘outsiders’) ou ne voient rien, d’autres enfin vont chercher à secourir la victime (‘sauveurs’). Dans tous les cas, ceux qui n’agissent pas pour stopper le harcèlement renforcent celui-ci.

L’invisible visibilité

Ch. Salmivalli, de l’Université de Turku en Finlande, a démontré qu’une stratégie efficace de prévention consiste précisément à agir sur les ‘outsiders’ en leur donnant les moyens et les compétences pour s’impliquer afin de faire cesser la situation de harcèlement.

Cela suppose un travail sur les normes sociales au sein du groupe. En effet, la plupart des témoins n’oseront pas agir par peur des représailles et/ou de se voir considérés comme une ‘balance’. Pourtant 84% d’entre eux ressentent un malaise face à ces situations et développeront vraisemblablement un sentiment de lâcheté. Or, D. Pelpler, de l’Université de York, affirme que dans 60% des cas où les témoins interviennent, le harcèlement cesse dans les 10 secondes. Dès lors, que le ‘harceleur’ et les ‘suiveurs’ n’ont plus de public, le harcèlement cesse.

Par ailleurs, le harcèlement est généralement invisible aux yeux des adultes tout en étant parfaitement visible pour les jeunes. C’est le phénomène d’INVISIBLE VISIBILITE nommé et décrit par J.-B. Bellon et B. Gardette dans « Harcèlement et brimades entre élèves, la face cachée de la violence scolaire (2010) ».  Des élèves peuvent en agresser un autre 6 à 8 fois par jour, dans l’enseignement secondaire, rien que pendant les intercours non surveillés ou dans des espaces échappant au regard des adultes au sein de l’école (ou plus simplement par gsm…).

Déséquilibre de force, volonté de nuire, répétition, phénomène de groupe, instrumentalisation du rire, loi du silence, invisible visibilité, ces caractéristiques rendent au final le phénomène du harcèlement difficile à appréhender.

Néanmoins des dispositifs de prévention et d’intervention existent et les adultes de l’école peuvent se les approprier, y compris avec les jeunes, les parents et les services d’accompagnement des écoles (PMS, …), pour construire des écoles sans harcèlement.

Alexandre CASTANHEIRA,  Formateur en gestion positive des conflits –  www.universitedepaix.org

6 axes d’action contre le harcèlement à l’école

1. Un climat scolaire bienveillant et accueillant.

2. Des règles claires, concrètes et connues.

3. Informer et sensibiliser les élèves au phénomène du harcèlement.

4. Impliquer les parents dans la prévention.

5. Des lieux de parole pour échanger au sein de l’école.

6. Inscrire ces démarches dans la durée.

Intervention > < réaction

Il a fait  «salle comble»  avec sa conférence «Gérer les comportements difficiles chez les enfants». Educateur de centres de jeunes, animateur de camps, formateur en psychoéducation, Stéphane Vincelette (du Québec) est spécialisé dans les relations avec les jeunes en grandes difficultés et les violents. Son cheval de bataille est le «trouble de l’intervenant»  à travers un rappel «simple»: «s’éloigner de la réaction, se rapprocher de l’intervention». «Face à des comportements heurtant, dit-il, au lieu d’avoir les idées claires, on réagit plus qu’on n’intervient. Pourtant, dans nos métiers d’éducateur, d’enseignant etc., face à une diversité d’individus, on doit assumer notre job, être dans l’intervention, la réflexion mais aussi se positionner. Exemple. Face à un jeune qui brise un mur, je lui demanderai de réparer même si il n’en a pas la compétence. (Cela permet au détour de le revaloriser). Après, je ferai les finitions avec un professionnel. Présentement, je substitue la punition (qui ne sert qu’à faire souffrir) à la conséquence négation (ou la punition positive), qui est une geste posé, relié à l’événement. L’éducation doit intervenir et non réagir. Pas évident mais ce n’est pas miraculeux. Il faut une structure soutenante, un travail d’équipe, un ensemble d’outils adéquats. Rester seul avec une problématique, c’est s’asseoir sur un chaudron. Ca va exploser, il faut des valves de sécurité. Mais réagir c’est la pire chose à faire. Intervenir, aider le jeune à dépasser le court terme et l’amener tranquillement à voir sur le long terme. Enseignant, éducateur, ce sont des métiers exigeants. Vaut mieux être en raccord avec son métier, et la population avec laquelle on a décidé de travailler…» www.estimedesoi.net