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Politique

Questions à la nouvelle ministre de la Jeunesse, Valérie Glatigny

  21 Mar , 2020   , , , ,    COJ

Valérie Glatigny (MR) est notre nouvelle ministre de la jeunesse (parmi Neuf portefeuilles politiques en charge !)1. L'occasion pour le COJ d'une interview « intentions et politique Jeunesse» d’une ministre présentée dans les médias comme « la surprise » d'un casting politique, réputée pour ses compétences...


Avec la Déclaration de politique communautaire (DPC) 2019-2024, au chapitre Jeunesse, le gouvernement s’engage sur un point (assez récurrent) : « mettre en place une conférence interministérielle et intergouvernementale consacrée à la jeunesse afin de travailler sur une vision transversale de la jeunesse entre l’autorité fédérale, la fédération Wallonie-Bruxelles, la Wallonie et la Région de Bruxelles Capitale » … Pourquoi et comment ? Un agenda est-il prévu ?

Le gouvernement a réitéré son intention de travailler sur une vision transversale de la jeunesse. Ce défi n’est pas neuf mais a connu des fortunes diverses. à présent, il faut le relever. En raison des expériences passées, nous allons partir d’une feuille vierge. J’aurai à cœur de mettre en œuvre concrètement cette stratégie. La transversalité doit permettre de décloisonner les institutions. Elle doit aussi favoriser l’accès, pour le plus grand nombre, aux informations et outils pédagogiques et s’inspirer de la diversité des approches. Il reste à structurer ce projet, en y associant différents types d’intervenants : les décideurs politiques, les opérateurs, les experts au sens large et, évidemment, les jeunes eux-mêmes.

Certains se souviendront d’un Plan Jeunesse qu’un ministre d’un autre gouvernement avait lancé avec moults rencontres et ateliers, rapports et réunions des professionnels du terrain. Ce plan n’a pas vu le jour car un nouveau ministre de la jeunesse est arrivé, une nouvelle législature aussi avec sa propre DPC. L’histoire semble se répéter. Concrètement, quelle sera ici la place du secteur jeunesse ?

Je ne souhaite pas juger ce qui a été fait par le passé. Le plan Jeunesse était une belle démarche de concertation tous azimuts qui n’a hélas pu aboutir. Pour ma part, plutôt que de lancer un projet d’envergure qui risque d’être chronophage et de rester sans lendemain, je veux développer une stratégie jeunesse interministérielle. Plutôt que de tout mener de front, je préfère travailler pas à pas sur base des priorités des jeunes et des structures qui les accueillent. Par exemple, je souhaite dynamiser les synergies avec Mme Désir, ministre de l’éducation. C’est une demande récurrente tant dans les OJ que les CJ, mais aussi des écoles de devoirs et des centres de vacances. Ces deux secteurs, aux finalités proches, ont tout à gagner d’une collaboration. Expérimentation de la démocratie, lutte contre le harcèlement, éducation à la vie relationnelle affective et sexuelle, interculturalité, éducation à l’environnement, aux médias, orientation et accrochage scolaire, lien avec le monde de l’entreprise,…  sont autant de domaines où le secteur de la jeunesse et les écoles peuvent travailler ensemble, dans l’intérêt du jeune.

Au-delà de duo, dans sa logique, la transversalité vise un ensemble de ministres.

En effet, cette démarche de collaboration, je veux la mener avec d’autres ministres, à d’autres niveaux de pouvoir. Je pense ici à une question que l’on traite peu : l’emploi et la construction d’un projet de vie. Former des CRACS implique d’offrir aux jeunes des outils leur permettant de construire pas à pas leur autonomie, également par rapport à leur devenir professionnel. à ce niveau, je compte utiliser ma casquette de ministre de l’Enseignement supérieur, mais aussi inviter les ministres wallon et bruxellois de l’Emploi à mener avec moi une recherche-action sur les coopérations possibles entre le secteur de la Jeunesse et le monde de l’entreprise. Ce sera l’occasion pour ces deux secteurs, souvent éloignés l’un de l’autre, de mieux se connaître et d’agir ensemble.  Cela me permettra, comme Ministre de la Jeunesse, d’établir un dialogue et, ensuite, une action commune avec mes homologues.

Vous avez pas mal d’attributions en charge. Quelles sont vos priorités, vos grands dossiers et vos marges de manœuvre pour le secteur jeunesse ?

Je souhaite être à l’écoute de la parole des jeunes sur les questions qui les concernent. Pour cela, je compte sur le nouveau
« Forum des Jeunes » qui a la responsabilité de récolter ces paroles et de me remettre des avis. Je serai particulièrement attentive à leurs recommandations et je ferai en sorte qu’elles soient entendues par mes différents collègues.

Par ailleurs, un de mes grands chantiers sera la refonte des décrets OJ et CJ. Il s’agit d’un chantier d’amélioration, de clarification, de simplification des décrets dans l’intérêt de tous. Cette démarche se fera en lien direct avec les acteurs du secteur, mon Administration et l’Inspection. Bien sûr, on tiendra compte du fait que tous ces acteurs sont confrontés à une vaste charge de travail en 2020. Les CJ et OJ sont dans la finalisation de leurs plans quadriennaux. Ensuite, administration et inspection devront traiter les 189 dossiers de renouvellement de Centres de Jeunes et les 105 liés aux Organisations de jeunesse. Sacré travail ! En fonction de cet agenda, en concertation avec la CCMCJ et la CCOJ que j’ai rencontrées il y a peu, j’ai clairement indiqué que cette révision ne pourrait démarrer efficacement que dans le courant du quatrième trimestre 2020 par des premières réunions de travail et de planification, pour prendre de l’amplitude et se finaliser si possible en 2021, le tout devant aboutir à une révision des décrets à l’horizon 2022.

Pour le reste, je serai très attentive à renforcer la participation, l’écoute active et la prise en compte de la parole des jeunes sur tous les sujets qui les concernent. Cela me permettra de déployer, durant toute la législature, l’implémentation d’une politique transversale de jeunesse avec les autres ministres et les autres niveaux de pouvoir (fédéral, régional, provincial et communal). Je souhaite, par exemple, encourager la politique locale par et pour la jeunesse, que la dynamique « ça bouge dans ma commune » portée par le CRECCIDE se déploie, etc. Je prendrai contact prochainement avec les Ministres wallon et bruxellois des Pouvoirs locaux.

Afin de pérenniser l’objectif « CRACS », la DPC parle de « poursuivre la valorisation du secteur ». C’est-à-dire ? Comment ? Avec quels moyens ? Certaines associations sont en attentes de reconnaissance et d’autres de valorisation (montée de classe, etc.)

Parmi les enjeux de cette révision figurera évidemment la question du financement du secteur. Vous connaissez comme moi la situation budgétaire de la FWB. Je me dois donc d’être pour l’instant prudente à ce sujet. Cela étant, le travail de clarification devrait améliorer les conditions de travail en simplifiant, entre autres, les obligations administratives du secteur pour lui permettre de renforcer ses actions. Une réflexion sera par ailleurs menée pour permettre la « priorisation » des reconnaissances, des montées de classe et les dispositifs particuliers. à l’heure où nous parlons, ceci m’est quasiment impossible, ce qui laisse des candidates OJ et MJ, pourtant en phase avec le prescrit décrétal, en attente de reconnaissance officielle et de financement. Ceci devra être comblé avec la révision des deux décrets.

Vous avez annoncé du changement pour l’engagement des détachés pédagogiques…

En effet, j’ai abordé avec le secteur la question de la flexibilité dans la gestion des détachés pédagogiques. Créer la possibilité de détachés pédagogiques à mi-temps (alors qu’ils ne peuvent aujourd’hui que prester à temps plein) est une question qui mérite réflexion. Ceci pourrait permettre de répondre aux demandes d’enseignants qui souhaitent garder un emploi mi-temps dans leur école et être attachés à une OJ pour l’autre mi-temps, faisant ainsi bénéficier les deux secteurs de leur expertise. Cela offrirait aux OJ qui le souhaitent de disposer de 2 détachés pédagogiques à mi-temps pour des projets ou des lieux d’activités différents. Pour avancer sur ce dossier, je vais contacter ma collègue en charge de l’enseignement obligatoire, pour mener une réflexion conjointe et envisager la possibilité de modifier le décret.

Comment allez-vous défendre les postes APE. Pour rappel, l’actuel ministre-président de la Communauté française, Mr Pierre-Yves Jeholet (MR) a tenté lors de la précédente législature – en tant que ministre de l’économie et de l’Emploi – une réforme peu soutenante pour les opérateurs du secteur. Quelle sera votre position ?

Je suis bien consciente de l’importance des emplois APE dans le secteur Jeunesse, et plus globalement dans le monde associatif. Je serai attentive aux revendications portées par le secteur Jeunesse auprès de la Ministre de l’emploi en Région wallonne, Madame Morreale2. Celle-ci a par ailleurs d’ores et déjà assuré la continuité du système actuel jusqu’en 2021, date à laquelle une réforme est envisagée.

Propos recueillis par Nurten Aka 

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1. Valérie Glatigny a étudié la philosophie et a travaillé comme journaliste. Elle entre dans la vie politique belge, puis européenne suite à une rencontre avec Louis Michel en 2003. V. Glatigny a travaillé durant 15 années au sein des institutions européennes. En septembre 2019, elle devient ministre en charge de l’Enseignement supérieur, de l’Enseignement de Promotion sociale, des Hôpitaux universitaires, de la Recherche scientifique, de l’Aide à la Jeunesse, des Maisons de Justice, de la Promotion de Bruxelles, de la Jeunesse et du Sport au sein du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. (Source :  www.glatigny.cfwb.be

2. Christie Morreale (PS) est aussi vice-Présidente et Ministre de l’Emploi, de la Formation, de la Santé, de l’Action sociale, de l’Égalité des chances et des Droits des femmes – NDLR