Confédération des Organisations de Jeunesse Indépendantes et Pluralistes
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Rencontre & Réflexion

Ruralité-urbanité, mon cœur balance

  26 Juil , 2017    COJ

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Un COJ sur les jeunes agriculteurs tombe à pic pour ma chronique. Ça me rappelle que j’ai grandi dans une exploitation de vaches à viande ! 

Malheureusement, je n’étais pas le garçon idéal pour la vie à la ferme. Enfant, je n’étais pas assez fort pour donner un coup de main aux « grands », adolescent, j’étais bien trop paresseux. La vie était rythmée par les aléas des saisons et du marché agricole. L’humeur de mon oncle en dépendait bien souvent.

L’amour n’était pas dans le pré. Du coup, pour fuir la morosité des maisons familiales, on sortait dans les rues du village. Il n’y avait pas grand-chose à faire mais le monde des adultes était bien trop rude pour nous. C’était la zone, rurale, mais la campagne nous allait comme un gant vu qu’on ne connaissait que ça à l’époque. Le village était notre terrain de jeu, de quoi s’éclater entre gamins.

Les évènements au village étaient assez rares. La plupart du temps, on flânait dans les rues ou on s’amusait à jouer au ballon. Il y avait bien une ou deux brocantes par an et une ducasse d’automne. Les brocantes drainaient des foules énormes pour mon petit village tandis que les ducasses étaient plus tristes et plus décrépites d’année en année.

Puis, comme pas mal de jeunes des villages, on est partis à la ville, souvent pour y poursuivre des études dites supérieures. Dans ma famille, il y a toujours eu une sorte de peur vis-à-vis de tout ce qui est inconnu, y compris des études ardues du genre universitaires que j’ai entreprises – sans CESS, via un examen d’entrée – dans l’encouragement des miens (« mais qu’t’es sot, ça n’existe pas »). Aujourd’hui, j’étudie « pharma », à Mons.

C’est que le travail à la ferme n’était pas pour moi. Trop de contraintes : le matériel agricole coutait cher, la vie coutait cher, fallait bosser du matin au soir. J’ai le souvenir qu’à la ferme, on travaillait à perte.

De plus, dans une vie au village, on voit et on rencontre très peu de choses. La diversité culturelle est plus rare qu’en ville. Du coup, quand de nouvelles personnes s’installent dans les environs, c’est tout un cirque parmi les commères du coin. Un de mes meilleurs amis est métis. Pour mon arrière-grand-père, mon ami était toujours le « mulâtre de la rue de la Fontaine » !

Aux antipodes du village, il y a la capitale ! J’adore Bruxelles. La ville est bourrée de culture (ciné, concerts, théâtre…), de friperies remplies de trésors vintages, de rencontres insolites en tout genre, de bouffe aux mille gouts (indien, turc, libanais, africain,…). Y vivre ? Bof, bof. Ce trop d’activités au quotidien est déboussolant et la ville est trop bruyante pour moi qui ai grandi au son doux de la campagne. Ruralité-urbanité, mon cœur balance mais je préfère le cri du coq au klaxon des voitures.

Ceci étant dit, je vis à Mons, petite ville sympa avec quand même un chouette cinéma (le Plaza) et, certains week-ends, je reviens dans mon patelin. J’y ai mes attaches. D’ailleurs, peu à peu, je pense sérieusement ré-habiter ma campagne, « vivre au vert ». Avec un vieil ami, plus âgé, une sorte de « guide » pour moi, on a l’idée de construire un lieu culturel, informel. Un projet fou où culture, art, vaches, moutons, villageois, citadins, paysans, artisans, artistes, jeunes et vieux aux milles couleurs se rencontreront.

Car ne trouvez-vous pas que dans les villages « trou du cul du monde » de Wallonie et de Navarre, c’est le désert socioculturel, là où la ville se bourre la gueule d’activités ? Même si l’été, les villages sont de sortie et se mettent sur leur 31. Citadins de tous les pays, profitez-en.  

Elias Denis, Chronique d’un jeune ordinaire…