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Rencontre & Réflexion

Se trouver en voyageant

  29 Juin , 2018       COJ

Voyager pour découvrir des contrées inconnues ? Pour rencontrer des gens ? Pour nager dans des piscines d'hôtels 4 étoiles ? En vélo ? Pour aider des gens ? Sous tente ? A bord d'un yacht ? En stop ? A dos d'ânes ? VOYAGER POUR APPRENDRE ?

Pour moi, voyager serait source d’apprentissages, de prise de conscience, de maturité, de découverte, de stupéfaction, d’émerveillement ! Mais quel type de voyage peut amener les gens de mon âge (16 ans) à vivre un maximum de ces choses ? Quand je parle avec des amis de voyages, j’arrive à dégager 3 principales catégories : ceux qui veulent faire de l’humanitaire/volontariat dans des pays défavorisés, d’autres qui préféreraient passer des vacances au bord d’une piscine dans un pays paradisiaque, et certains qui aimeraient plutôt partir en stop ou en rando sac au dos.

Le volontariat va amener à rencontrer des gens, découvrir des langues, des cultures, mais j’y vois quelque chose de dérangeant : « l’européen développé » qui va aider les pauvres petits africains pour se déculpabiliser ou se donner bonne conscience. Le voyage au « pays paradisiaque » permet sûrement de découvrir des endroits magnifiques, des gens et des langues exotiques. Mais là, pour moi, on ne pourra réellement découvrir la culture du pays tant on sera coincé dans sa partie destinée aux touristes. Aussi, dans ce type de vacances, on va se rattacher à des choses matérielles qui vont nous procurer du plaisir mais dans ma vision du « voyage », se rattacher à des éléments matériels ne laissera pas totalement notre esprit se libérer, parce qu’il est déjà tellement conditionné par ceux-ci dans notre vie de tous les jours. Donc le voyage est l’occasion de se détacher de ces éléments perturbateurs et de se rattacher à des éléments qui n’ont pas de valeur monétaire.

J’estime qu’un voyage riche, on doit le faire pour nous, en laissant le plus de place possible à l’inconnu et l’imprévu parce que si on le prévoit trop on va se créer trop d’attentes donc une diminution de chance de s’émerveiller. Il doit être au maximum hors des plaisirs matériels, pour que le petit bout de pain rassis qu’on mange au pique-nique nous paraisse divin.  Aussi, quand on doit emporter le strict minimum, cela nous pousse à nous organiser. En galérant par moment, on va apprendre à être plus pragmatique pour l’avenir. Il faut aller à la rencontre des gens de manière non-organisée, c’est comme ça qu’on peut tomber sur les gens avec qui on aura un bon feeling et avec qui on peut partager de beaux moments. L’été passé, en faisant un voyage en vélo au Pays-Bas avec un ami, nous avons rencontré 2 jeunes dans un parc complètement par hasard. Ils ont fini par faire un bout de route avec nous.

Le voyage ne doit pas être spécialement loin, j’ai déjà été plus dépaysé en faisant un trek à 30 bornes de chez moi qu’en partant en avion. Et je pense que le voyage doit être « rude » par moment pour que quand on rentre chez nous, on soit heureux d’y être, d’être bien dans notre routine, de ressentir la chance de prendre une douche, de faire un café en moins de 10 minutes, de dormir dans un lit.

Le mieux après avoir voyagé, pour moi, c’est de savoir en tirer des conclusions, acquérir des théories applicables à notre vie, sur notre façon de fonctionner. Quand j’étais petit (5 ans), je suis parti 1 an en bateau avec mes parents, des Pays-Bas jusque dans le sud de la France. On bougeait d’endroit tous les 2-3 jours. Puis, quand on rencontrait des gens avec qui on s’entendait bien, on restait plus longtemps. Nous sommes restés ainsi plusieurs mois au même endroit parce que nous avions tissé de réelles amitiés avec des gens. J’avais créé des liens d’amitié avec des enfants et mes parents avec les adultes. Aujourd’hui, je suis persuadé que des « apprentissages » sont restés de ce voyage : je bouge tout le temps à gauche à droite en Belgique, je peux me sentir bien, à ma place dans beaucoup d’endroits sans avoir besoin du confort de mon chez moi. J’ai des facilités à tisser des amitiés éphémères.

Un bon voyage, on ne doit pas avoir envie de le revivre, parce qu’il se rattache à des sensations, à des moments qui se construisent grâce à l’imprévu, à la magie de l’effet papillon. Par contre, il devrait nous donner envie de vivre une multitude d’autres voyages…           

 Elie Scorier, chronique d’un ado ordinaire.