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Politique

E. Huytebroeck: « On peut faire de grandes choses pour le quotidien des jeunes»

  25 Juin , 2013       coj

A un an des élections où est le Plan jeunesse? La ministre de la jeunesse, Evelyne Huytebroeck, répond à nos questions.

Le Plan Jeunesse arrive. On parle d’un avant-projet de décret avant l’été?

Le Comité de pilotage a approuvé, le 24 mai dernier, la note-cadre de 8 objectifs généraux retenus par la Conférence interministérielle (CIM, en 2010). D’ici quelques semaines, la CIM donnera ainsi le coup d’envoi pour la dernière ligne droite : un avant-projet de décret «Plan jeunesse» qui aura une portée référentielle et méthodologique. Il définira la poursuite du travail par le gouvernement des législatures à venir.

Parallèlement à cela, un ensemble d’initiatives seront soutenues à hauteur des moyens que j’ai pu dégager lors de la confection du budget initial de l’année 2013. Ce dernier semestre devra donc nous permettre de proposer une sorte de «carte de visite» du secteur jeunesse, en mettant en évidence les actions transversales que mènent certaines associations. Et, dès 2014, envisager une articulation renforcée de ces projets avec les départements concernés.

Fini le «catalogue des mesures» issues des GT?121024-evh-portrait

L’ambition du texte n’est pas d’opérationnaliser les mesures proposées par les GT  mais bien de baliser l’élaboration d’une stratégie interministérielle pour la jeunesse. L’avant-projet que je compte soumettre au Gouvernement dans les prochaines semaines se structure en quatre parties. 1/Mettre des balises politiques pour asseoir la citoyenne émancipatrice, en articulation des politiques qui concernent les 12-25 ans. 2/ Créer un dispositif de veille (écrits, recherches, synthèses…) de connaissances (actualisées) sur l’état de la jeunesse. 3/ Définir un cadre méthodologique d’organisation d’une stratégie interministérielle. 4/ Instaurer des modalités opératoires pour organiser le soutien du Gouvernement envers les 1ers partenaires que sont les Centres de jeunes et les Organisations de jeunesse.

Un «happy end» donc, avec une «place de choix» pour le secteur…

Assurément! La quatrième partie de l’avant-projet de décret en cours de rédaction en témoigne. Néanmoins, avec le recul, il me semble essentiel de ne pas mélanger les niveaux de la politique de jeunesse. Le niveau interministériel, qui relève d’une stratégie globale, ne doit pas se confondre avec le niveau sectoriel.

Récemment Alter Echos dénonçait les «ministres velléitaires». Qu’en est-il réellement de l’engagement interministériel (RW, FWB, COCOF) au Plan Jeunesse, impliquant: culture, emploi, santé, enseignement, médias, logement, etc.?

Dans notre contexte de crise économique et financière, tous les ministres comptent leur argent.

J’espère que mes collègues, une fois informés des réalités associatives que j’aurai pu soutenir en 2013, m’emboîteront le pas.

Il n’est donc pas facile, au départ des compétences résiduaires que sont la Jeunesse et l’Aide à la jeunesse, de mobiliser largement les plus gros portefeuilles ministériels. Néanmoins, j’ai le mérite d’avoir amorcé la pompe. J’espère que mes collègues, une fois informés des réalités associatives que j’aurai pu soutenir en 2013, m’emboîteront le pas.

Comment assurer cette nouvelle politique intégrée?

Par le principe d’un décret-cadre portant obligation, pour le Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, de se donner, à chaque législature, une stratégie interministérielle pour la jeunesse. Il est donc important de prévoir, au niveau politique, un pilotage centralisé. Pourquoi pas au niveau de la ministre-présidence ?

Un budget est prévu pour 2013. Nous sommes en juin. Comment les associations vont-elles justifier l’utilisation de nouveaux moyens?

Les moyens affectés à l’amorçage des projets transversaux pour la jeunesse feront l’objet de conventions, avec des modalités administratives et une période de justification adéquate.

Cité dans Alter Echos, Abraham Franssen (un des universitaires consultés pour le Plan Jeunesse) – reste sceptique: «le risque, avec un montage complexe comme ce Plan jeunesse, c’est qu’une bonne partie de l’énergie soit consacrée à la construction d’un dispositif et qu’il ne resterait au final que peu de choses concrètes pour les jeunes». Qu’en pensez-vous?

Créer un dispositif est une nécessité si l’on souhaite une meilleure alliance éducative et une plus grande cohérence des politiques de jeunesse. Regardez la Convention internationale des Droits de l’Enfant (CIDE). On ne peut pas dire que ce cadre politique international n’ait pas d’impact chez nous: bon nombre de réflexions sur le droit des enfants aux temps libres, leur participation aux décisions qui les concernent, la prévention de la maltraitance, etc. sont en phase avec la CIDE. Ce cadre, adopté par la plus haute assemblée démocratique de la planète, nous donne un éclairage utile pour favoriser la collaboration interministérielle.

Seconde nuance: le concret pour les jeunes. Ce qui fait réellement la différence, sur ce plan, c’est l’autonomie dont les acteurs jouissent de terrain. Dès lors, l’enjeu réside davantage à animer des échanges entre les professionnels, ainsi que la création d’opportunités de collaborations (à travers des facilités administratives), que finalement instaurer un cadre réglementaire contraignant. Avec ces deux balises, il me semble que l’on peut faire de grandes choses pour le quotidien des jeunes.

La métamorphose

Jusqu’en mai dernier, la tension était palpable autour de ce Plan jeunesse. Petit aperçu «texto» des dernières critiques avant le compromis-express en cours.

«Le Plan Jeunesse est une vue de l’esprit qui a du mal à se concrétiser. On s’oriente vers un décret de modalités concrètes dans la temporalité politique qui est celle de la Ministre. Le Cabinet s’est perdu là-dedans. Vu l’ambition du Plan, j’aurais tablé sur une temporalité plus longue, en me disant «comment créer un cadre qui permet une politique transversale future». Au final, on atterrit à une bataille d’argent parce qu’il n’y a pas grand chose qui se dégage.» Un président de GT

«Cela avance par rebondissements! En mars, on annonçait un projet de décret PJ, résumé à un catalogue de mesures, avec des montants annoncés, des DP à prévoir (de quoi s’arracher les cheveux entre secteurs). Inadmissible pour nous, d’autant que ‘on ne peut penser le Plan Jeunesse sans le mettre en relation avec la réalité du secteur. Il est financé par la Ministre de la jeunesse (seule) et doit donc servir le secteur jeunesse! Que font les autres ministres pour un plan qui devrait les concerner?» Un participant au Plan Jeunesse

«Difficile de s’y retrouver. Le Cabinet a consulté (trop) largement pour ne pas vexer le secteur. La vision politique s’est dissoute à force de co-construction? Avec des ambitions comme l’emploi, le logement, l’enseignement, il faut absolument sortir des enjeux du secteur de la jeunesse, ce qui mérite une grosse implication du politique. Je doute qu’on ait cette ambition» Un journaliste.