Confédération des Organisations de Jeunesse Indépendantes et Pluralistes
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Rencontre & Réflexion

Semra Umay

  30 Juin , 2015       Mathieu Midrez

Présidente de la COJ depuis quatre ans, Semra Umay est une femme de caractère - « un peu casse-cou », comme elle le dit. Elle rêvait d’être écrivaine, se destinait à être prof, ne fit ni l’un ni l’autre et s’engouffra dans le monde de l’associatif et de la jeunesse. Par utopie mais aussi par hasard.
Semra_Umay

Le mandat de présidente de Semra Umay prend fin en septembre. Soulagement ou, au contraire, un goût de trop peu ? Plutôt « une petite mélancolie qui s’installe ». Mélancolie de voir se réduire le lien privilégié avec les autres partenaires, les enjeux du secteur et bien sûr avec la COJ, qu’elle connaît désormais comme sa poche.

Poche dans laquelle elle n’a d’ailleurs pas toujours sa langue. Ceux qui l’ont rencontrée peuvent en témoigner, Semra Umay est plutôt « cash ». « J’ai tendance, quand je ne me surveille pas, à être très spontanée ». Qu’on soit permanant, volontaire ou ministre, c’est le même tarif. D’ailleurs, « ça fait du bien de temps en temps de dire que le roi est nul ».

Bosseuse, habitant la Cité Ardente, Semra Umay est du genre à profiter de ses nombreux trajets en train vers la capitale pour rédiger, annoter, travailler ses dossiers. Vous croyez souffler parce qu’elle est en convalescence à l’hôpital ? Détrompez-vous, un mail « boulot » vous attend déjà…  Mais comment donc décompresse-t-elle ? Un bon bouquin et le tour est joué ! Ces temps-ci elle affectionne les romans qui traitent de nature, de grands espaces. Ou alors un polar scandinave. Voire un roman historique. Bref, chez elle l’adage est devenu « pas une journée sans une page ».

Négocier, et après ?

Si sa vie était un roman, on s’arrêterait volontiers au chapitre « Début à la présidence de la COJ ». Passer d’une OJ à la tête de la fédération, c’est un fameux challenge que Semra Umay a naturellement intégré, et sans trop de difficulté. Elle n’était pas une novice du secteur : directrice du C-Paje depuis une bonne dizaine d’années, elle connaissait la COJ depuis un bail, participait à la CCOJ,…  Et puis, il s’agit d’un sport d’équipe : le bureau, le CA et surtout la secrétaire générale l’entourent et la conseillent. 

Toutefois, les choses se sont corsées quand il a fallu articuler – et surtout prioriser – les intérêts de plus d’une trentaine d’OJ fédérées à la COJ. Négocier une enveloppe financière, certes, et après ? Après, c’est l’heure des choix. « C’est pourquoi on a désormais un tableau de critères objectifs et quantifiables ».

La capitaine du navire a aussi fait le choix de voguer en eaux inconnues, avec notamment le lancement de l’atelier politique. Il a fallu garder le cap, avancer, malgré les doutes et les grands moments de solitude.  Mais encore une fois, il y a un résultat visible, du palpable et c’est un bonheur pour elle d’être arrivé jusqu’au bout.

Si l’on revient quelques chapitres en arrière dans le roman de Semra Umay, il est amusant de voir que rien ne la prédestinait à cette carrière dans le secteur de la jeunesse. L’enfant rêve de devenir écrivain, mais
elle s’avouera bien vite qu’elle n’a pas ce talent-là. La jeune adulte poursuit tout de même des études de régente littéraire mais une fois diplômée, elle n’a pas la patience d’attendre une place dans ce secteur bouché.
«
J’ai alors postulé dans les secteurs qui me semblaient avoir des liens avec l’enseignement. Et très tôt, j’ai eu conscience des inégalités, des injustices, je voulais participer au changement du monde. Il y avait une utopie derrière ».

Elle trouve peu après une place dans un centre de jeunes liégeois. « Ca a été un choc. On était au milieu des années 90’, c’était un endroit abandonné, sans réels moyens ». C’est tout de même pour elle une expérience extraordinaire et qui la poussera, cinq ans plus tard, à devenir coordinatrice du C-Paje. Là aussi elle trouve une petite association, avec un volume d’activités loin de celui que l’on connaît aujourd’hui.
« J’y suis allée avec une âme de bâtisseuse, en toute modestie, investie sur le long terme parce qu’on y croit ! ». D’ailleurs, si aujourd’hui elle voit quelque chose de positif dans la fin de sa présidence, « c’est de pouvoir consacrer de nouveau mes neurones pleinement à C-Paje ». Et désormais son association a une tête bien connue dans le secteur, une visibilité dont on ne voudrait pas se passer.

En attendant, le repos est bien mérité. Par « repos », il faut comprendre un roadtrip à travers les Balkans, son nouvel appareil photo sous la main, prêt à immortaliser ces grands espaces qu’elle apprécie tant. Et avec elle, « la destination est connue, le reste on verra… ».