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International

UE : des chiffres et des lettres

  19 Mai , 2015   ,    Jennifer Neilz

Taux de chômage, taux d’occupation, taux d’emploi ; travailleurs occupes, inoccupés, indemnises ;  BIT, Eurostat, Eurofound, ONEM… S’il est facile de trouver des sources sures, difficile de s’y retrouver dans la valse des données et des définitions. Et surtout : comment les comparer et les mettre en perspective ? En un mot, comment faire parler les chiffres ?

Partons d’une donnée simple : les chiffres du chômage dans l’Union européenne (UE) en janvier 2015 : 21,2 % de chômeurs de moins de 25 ans. Un taux impressionnant, bien plus élevé que le taux des plus de 25 ans (9,8%). Des écarts énormes entre pays (Allemagne et Espagne), des taux alarmants dans certains (plus de 50% en Espagne et en Grèce). Mais encore ?

Premier constat : la période de référence 15-25 ans est beaucoup plus difficile à interpréter que celle de l’ « âge adulte ». Pourquoi ? Chez les adultes, quasi toutes les personnes font partie de la population active, c’est-à-dire qu’elles travaillent ou cherchent un emploi. Pour les jeunes, c’est différent ; il y a ceux qui travaillent et les chômeurs, puis les autres : certains étudient ; d’autres étudient et travaillent en même temps ; d’autres sont en stage ou en recherche de stage, d’autres encore en année de césure…Les chiffres du chômage ne concernent donc qu’une part infime de cette tranche d’âge.  L’UE n’utilise d’ailleurs plus le seul chiffre du chômage des jeunes. Elle préfère à cet indicateur celui des NEETs : les jeunes qui ne sont actuellement ni aux études, ni en stage, ni à l’emploi. Cible de la Garantie Jeunesse, les NEETs de 15-24 ans étaient 7,5 millions en décembre 2014 ; et le chiffre est deux fois plus important si on monte jusqu’à 29 ans. Utilisé pour la première fois par le Royaume-Uni en 1999, le terme s’est généralisé depuis en Europe. C’est un indicateur à utiliser avec précaution. Il est pertinent car il permet de mieux cerner la situation des jeunes dans la phase floue entre la fin des études et le début du chômage. Mais la catégorie NEET est souvent une phase de transition chez le jeune ; les chiffres correspondants sont donc extrêmement changeants. Enfin, un NEET ici n’est pas un NEET là-bas ; le profil de ces jeunes est varié et complexe.

Mais utiliser les seuls chiffres du chômage ou des NEETs ne suffit pas à mettre les chiffres en perspective. D’autres indicateurs existent et devraient être pris en compte de manière transversale : quid de l’augmentation du temps partiel et du travail temporaire (un salarié sur quatre en Pologne, un sur cinq en Espagne et au Portugal) ? De la fuite des cerveaux (l’herbe était plus verte en Espagne il y a encore 7 ans, maintenant elle l’est davantage en Allemagne) ? Des montants des salaires minimums, ou de l’existence même de ces salaires minimums (184 € en Bulgarie contre 1923 € au Luxembourg ; et une baisse de près de 200€ du salaire minimum grec sur ces 3 dernières années) ? Du niveau du salaire moyen ? Des stages sous-payés, des emplois déguisés, de l’abus de CDD, de l’augmentation de la pauvreté ? En un mot, de la qualité de l’emploi, et de la vie ?

L’objectif des politiques européennes sur l’emploi des jeunes n’est-il pas de diminuer le chômage des jeunes et de diminuer le nombre de NEETs à tout prix ? A nuancer : la Garantie Jeunesse est censée encourager les réformes structurelles du marché du travail dans les pays membres afin de favoriser la transition études/emploi, et d’améliorer l’employabilité de jeunes à travers la création d’ « emplois de qualité ». Sauf que ce point n’est pas considéré comme préoccupation majeure des Etats membres et que, si on retrouve dans certains textes européens la définition d’un stage de qualité, on ne trouve nulle part de définition de ces fameux emplois de qualité. La Cour des Comptes européenne a d’ailleurs pointé en mars 2015 que ce manque de définition pourrait poser problème et rendre la Garantie Jeunesse « inefficace ».

Mais, pas de panique, les chiffres sont là pour nous rassurer : une enquête Eurostat de mars 2015 sur le bien-être des personnes   nous apprend que le taux moyen de satisfaction des européens à l’égard de leur vie est relativement bon (7,1 / 10), et surtout que ce sont globalement les jeunes de 16-24 ans les plus satisfaits (7,6/10).

Sources des chiffres utilisés :
Commission européenne, Eurofound, Eurostat.

Le profil des NEETs

Si on parle souvent des NEETs pour qualifier les jeunes sans diplômes, en décrochage ou exclus du marché de l’emploi, cette catégorie se retrouve principalement dans les pays avec le plus faible taux de chômeurs et de NEETs (Allemagne, Autriche Danemark). En France ou en Belgique, pays avec un taux moyen de NEETs, ce sont plutôt des jeunes avec des compétences moyennes et de l’expérience. En Espagne, Italie ou Bulgarie, la plupart des NEETs sont des jeunes diplômés qui ne trouvent tout simplement pas d’emploi. Enfin, l’indicateur ne mesure pas le souhait du jeune de chercher ou non un emploi : jeune en année sabbatique, en phase de transition, en stage non rémunéré… jeune impliqué dans du volontariat, ou en phase d’auto-apprentissage, jeune handicapé ou assurant les soins d’un proche… tous sont mis dans le même panier, et, d’après Eurofound, ont en commun le fait qu’ils n’accumulent pas de capital humain par les voies traditionnelles.

Et la qualité dans tout ça ?

Une enquête européenne sur les forces de travail coordonnée par Eurostat montre que la qualité de l’emploi globale s’est détériorée depuis 2006. Par qualité de l’emploi, on entend la liberté réelle pour une personne de choisir un emploi. Et dans beaucoup de pays, l’augmentation du chômage s’est vue accompagnée de l’obligation pour beaucoup de travailleurs de ne pas avoir le choix et de devoir travailler à temps partiel ou de manière temporaire.

Quelques exemples de mesures pour réduire le chômage des jeunes ? A Malte, les jeunes de moins de 23 ans ne toucheront plus d’indemnités chômage s’ils ne prennent pas part au programme de Garantie Jeunesse ; au Royaume-Uni, le gouvernement souhaite que les NEETs, après 6 mois, ne touchent leurs indemnités que s’ils effectuent 30 heures par semaine de travail communautaire non payé à côté de leur recherche d’emploi. Comme le dit Cameron, ça leur apprendra « l’ordre et la discipline » ! Vous avez dit qualité de vie… ?