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International

L’impact du volontariat international : mesurer l’immesurable ?

  20 Sep , 2016       Jennifer Neilz

En mai dernier, l’association française «Solidarités Jeunesses» présentait à Paris les résultats de leur projet changing perspectives : quel impact pour le volontariat international ? Une soixantaine de participants d’organisations partenaires venus d’une dizaine de pays, Dont notre organisation de jeunesse, les Compagnons Bâtisseurs (CB), pour la Belgique, Ont échangé en plénière, en ateliers, et lors de visites de lieux de chantiers dans la région parisienne, sur l’impact des chantiers internationaux.

Le projet Changing Perspectives est né du besoin de différentes organisations partenaires de Solidarités Jeunesses* de soutenir et renforcer la reconnaissance, la visibilité et une meilleure compréhension de l’impact du volontariat international, et en particulier du chantier international. Pour rappel, un chantier international, c’est un projet d’intérêt général regroupant une quinzaine de volontaires de tous pays travaillant et vivant collectivement pendant deux ou trois semaines, soutenus par une équipe pédagogique et technique. C’est l’opportunité de vivre des expériences interculturelles et internationales, et également une action concrète de développement local (amélioration de l’héritage local, préservation de l’environnement, animation culturelle…) C’est un processus pédagogique et participatif et un processus d’apprentissage, également basé sur des moments informels de rencontre entre la population locale, les volontaires et les représentants locaux élus. Et s’il est évident pour les organisateurs de chantiers internationaux et les associations partenaires que ces projets promeuvent la citoyenneté et le respect mutuel, favorisent l’ouverture interculturelle et ont un impact positif sur la résolution de conflits, permettent un changement positif chez les volontaires et dans les communautés… quelles traces ou preuves concrètes avons-nous pour mesurer les effets et les impacts des chantiers ?

Le projet a débuté au Mexique en 2011 dans une première phase ayant pour objectif de créer des outils pour mesurer l’impact des activités de volontariat, en particulier pour les jeunes avec moins d’opportunités. Centré sur la création de l’outil, le projet a ensuite évolué dans sa deuxième phase vers un projet de recherche, cette fois pour tous publics. Des activités de formation ont été mises en place pour utiliser les outils et une collecte de données réalisée avec le soutien d’universitaires a permis d’établir des résultats présentés à Paris.

Mais pourquoi vouloir mesurer l’impact des chantiers ? Comment et pourquoi mesurer la solidarité humaine, l’altruisme ? Déjà, l’impact, c’est quoi : c’est un changement ou un effet qui se produit sur des individus (ici les volontaires), des collectifs ou des environnements sur le court, moyen et long terme. Il se produit par l’interaction entre les individus, les communautés et les environnements dans le contexte d’activités de volontariat international. Pouvoir mesurer l’impact dans son ensemble – et non pas juste l’impact d’expériences individuelles – permet d’être capable de faire des recommandations concrète auprès des politiques, demander des subsides, valoriser les actions des organisations… Comme le dit Matina Deligianni, Déléguée Nationale de Solidarités Jeunesses : « Après 5 ans d’expérimentation, de recherche et d’analyse, nous avons enfin des données qui nous permettent de démontrer notre conviction profonde : le chantier international contribue à la culture de la paix et à un meilleur vivre ensemble. Parce que ce qui est compté, compte ! ».

Les résultats

L’étude auprès des volontaires a consisté en un questionnaire pré et post projet. 900 volontaires couvrant 362 chantiers de 52 pays y ont répondu. Le questionnaire abordait différentes dimensions (développement personnel, interpersonnel, social) et différentes catégories (compétences ; attitudes ; perspectives et opportunités). C’est la comparaison entre les réponses aux deux questionnaires (pré et post) qui permet de voir concrètement l’impact du chantier sur les volontaires :

En termes d’autonomie (+6,3 % « je sens que je peux voyager seul »), de communication: (+5,2 % « je dis aux autres ce dont j’ai besoin ou ce que je ressens »), de gestion de conflits (-4,1 % « j’essaie d’éviter les situations qui pourraient mener à un désaccord ou je reste silencieux »), d’intégration sociale (+3 % « quand j’ai un problème important, je connais des personnes en qui je peux avoir confiance et qui vont m’aider honnêtement »), ou encore de participation active (35 % de oui avant et 61 % après en réponse à : « ces deux derniers mois, avez-vous passé du temps à organiser un événement public, communautaire ou social ? »).

Au niveau des communautés locales, 53 entretiens ont été réalisés et ont permis de révéler que le chantier est un vraiment un outil de paix, qui impacte positivement les compétences culturelles et interculturelles, la participation active au sein de la communauté et la gestion de conflits.

La volonté est maintenant de continuer le processus de recherche et de création d’outils et de méthodes pour mesurer l’impact des projets et pour les valoriser, et d’étendre le processus au volontariat long terme. Les tables rondes en sous-groupes après la conférence ont donné des pistes en termes de plaidoyer et de lobbying, l’idée étant d’établir des recommandations pour des politiques plus appropriées. Mais la tâche reste ardue étant donné les différents niveaux de pouvoir concernés, les situations et définitions différentes selon les pays (ancrage historique dans l’éducation populaire pour certains pays comme la France et la Belgique, et pas dans d’autres où il n’y a aucun lien historique ou pédagogique avec l’éducation non formelle, par exemple la Corée du Sud), les types de partenariats (publics principalement en France et en Belgique, privés en Grèce et Corée du Sud. Dans tous les cas, l’accompagnement des volontaires dans le processus est essentiel ; des outils devraient leur être fournis afin de valoriser leur émancipation. En effet, mesurer et évaluer le travail volontaire peut les aider à mieux comprendre les changements induits par le projet et à leur donner des clés d’émancipation en prenant conscience de leur potentiel caché. D’où l’idée de continuer le développement de l’outil pour leur permettre de faire eux-mêmes le lien entre les résultats des questionnaires et les capacités qu’ils ont développées ou renforcées. Pour plus de détails sur l’étude, découvrez la carte de l’impact du volontariat international sur www.solidaritesjeunesses.org

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* Solidarités Jeunesses est une association française loi 1901 qui a pour but de favoriser la participation volontaire à travers la participation à des chantiers internationaux ou à des volontariats à moyen et long terme. Elle se compose de 7 délégations régionales.

ZOOM

Le chantier de la Butte-Pinson en Ile-de-France

Le chantier de la Butte-Pinson, organisé par Vir’Volt, la délégation Ile-de-France de Solidarités Jeunesses, est un projet qui a débuté en 2005. Il réunit tous les étés une douzaine de volontaires internationaux et des jeunes de la commune qui travaillent à la restauration d’une ancienne redoute (édifice fortifié) du 19ème siècle. Située à cheval sur 4 communes de Seine-Saint-Denis et du Val d’Oise, la butte s’étend sur 110 hectares de nature aménagés progressivement en parc : jardins familiaux et jardins partagés, verger partagé, poulailler collectif, ruches, ferme pédagogique…

Le chantier, au-delà du travail de rénovation, est un véritable moment d’échange et de rencontre entre les jeunes internationaux et la population locale des 4 communes concernées. www.virvolt.org

BON A SAVOIR

I’VE

Le projet I’VE implique 16 partenaires dont les Compagnons Bâtisseurs (CB) côté belge. Il s’agit d’un système de reconnaissance des compétences développées sur les chantiers internationaux et projets de service volontaire. Il permet un soutien aux volontaires pour la reconnaissance de ces compétences, et l’édition et la production de certificats de reconnaissance des compétences à travers l’organisation de sessions ludiques post projets.

La conférence finale de présentation du système et des outils a eu lieu au BIP à Bruxelles le 2 septembre 2016.

Plus d’infos sur : www.ive-experienced.eu