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Rencontre & Réflexion

Un avenir exempt d’humanisme (et où les petites gens vont s’en prendre plein la gueule)

 

La récente déclaration de politique régionale wallonne nous annonce une nouvelle ère, libre et responsable : « Celle de l’éthique, de l’efficacité, de la performance et de l’assainissement de la vie publique. »1

En voilà une belle orientation opérationnelle qui a le mérite de ne pas s’encombrer d’égalité, de redistribution des richesses, du bonheur choisi par les personnes et pas pour elles…

Fini les utopies ! Il était temps. Place à la bonne gestion !

Il faut dire aussi qu’au moment où Paul Magnette, ex-président wallon socialiste récemment remercié, déclare « Le PS n’est pas une religion mais un engagement spirituel »2, avec toutes les casseroles que certain-e-s au sein de ce parti de pouvoir trainent (sans oublier les autres partis d’ailleurs…), les idéologies et les utopies ont de quoi faire trembler.

Résultat de façade : on gère et on n’invente plus demain.

Sauf que la gestion efficace (sous son apparente neutralité) constitue bel et bien aussi une idéologie politique plutôt conservatrice, garante du maintien des inégalités et de la compétition (qui laisse, inexorablement, des personnes sur le bord du chemin.)

Récemment, en région bruxelloise, une école communale s’est dotée d’un système de pointage des présences des enfants pour la gestion des coûts de « garderie ». Riche idée qui, dans ses attendus, ambitionne de faciliter la vie de tout le monde. Les enfants ont reçu une puce à accrocher à leur cartable, les éducs une tablette permettant de scanner les enfants (enfin, les puces…). Plus de facture papier pour les coûts de surveillance mais une interface web qui suppose de réserver (à l’avance) et de payer (à l’avance). Gestion efficace, non ?

Si on se place du côté des « petites gens », que constater ?

Tout d’abord, l’ergonomie de l’interface web incite à se perdre pour qui n’est pas sacrément entrainé à ce type d’interface. Ensuite, la logique de l’outil veut que l’on prévoie la fréquentation d’une part, et qu’on la paye à l’avance d’autre part, faute de quoi les prix seront majorés. Bref, tu gères ou tu douilles !

Cerise sur le gâteau : pour les personnes ne disposant pas d’une connexion Internet, la commune les invite à se rendre dans une espace numérique à l’administration ou à la bibliothèque. Et pour connaître les horaires d’ouverture, la missive renvoie au site Internet de la commune. C’est qu’on peut être gestionnaire et taquin…

Voilà donc une évolution technologique dans le droit fil de la bonne gestion. Mais au service de qui ? Et avec quels effets ? Plutôt au service de l’administration, pas du public – ce qui interroge de fait l’appellation
« service public ». Et avec des effets excluants pour les personnes les plus éloignées de la projection dans le temps, de l’usage du numérique…

Cette « anecdote » aux effets bien plus qu’anecdotiques, n’est qu’une illustration parmi les innombrables dispositifs de gestion dite efficace qui se déploient de plus en plus.

Alors, quand Pierre-Yves Jeholet, tout frais ministre wallon de l’économie et de l’emploi déclare, parlant du travail du Forem avec les demandeurs d’emploi : « à un moment donné on est dans de l’assistance sociale, plutôt que dans un vrai accompagnement »3, c’est dire, ô combien, les plus démunis vont encore morfler si on le laisse opérer.

Puisse le Tout Puissant mieux cultiver la culture de l’excuse que Monsieur Jeholet… Ou qu’il aille vite en enfer.

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1 Déclaration de politique régionale du 25 juillet 2017 « La Wallonie plus forte », page 2

2 www.lesoir.be – 26/8/2017

3 www.rtbf.be – Pierre-Yves Jeholet: « Je veux mettre fin à la culture de l’excuse du Forem », publié le lundi 28/8/2017

Rencontre & Réflexion

Les mots qui puent

 

"Sous prétexte qu’il y en a qui réussissent, il ne faudrait dès lors plus interroger le système (qui produit des inégalités, de la pauvreté, du repli sur soi…). Cette posture fait très peu de cas de la grande majorité des laissés pour compte."...

Rencontre & Réflexion

Politique, je crie ton nom !

 

Le mot a enflé, gonflé, grossi ces dernières années. Il faut dire qu’il manque d’exercice… Boudiné donc, le « politique », pas très sexy. Voire même décrié. Le politique, les politiciens… « POURRI ! »

Qui ose encore s’afficher politique, porteur d’un projet de société qui impose des choix, parfois radicalement opposés aux pratiques à l’œuvre dans notre bonne société moderne de consommation ?

Rencontre & Réflexion

Gang Bang !

 

Mi-février, le Service Public Francophone Bruxellois (lisez « la COCOF ») lançait un appel à projets extraordinaire1 visant « le renforcement des reliances »2 . L’ambition affichée est claire : « lutter contre toute forme de repli identitaire, de radicalisation, de désocialisation et contre toute forme d’incompréhensions et d’amalgames favorisant les discours haineux ». Et les moyens proposés par l’administration bruxello-francophone à la pointe de l’innovation : « retisser du lien social et favoriser le dialogue interculturel ainsi que le vivre ensemble ».

Badaboum, on va encore faire du socio-interculturel pour plus de cohésion sociale et contrer la misère des quartiers… Sauf que le vivre-ensemble ne peut être que le résultat d’une multitude de processus sociaux, économiques, culturels… et certainement pas un objectif en soi qui appellerait certaines formes d’action typiques.

Rencontre & Réflexion

Con-promis (à la belge)

 

Le Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a tranché la question des cours de philosophie et de citoyenneté pour l’enseignement obligatoire. Dans l’officiel, ce sera une heure pour tous, voire deux si les parents sollicitent la dispense de fréquentation des cours de religionS1 (toutes celles reconnues) ou de morale non confessionnelle.  Dans l’enseignement libre confessionnel, les cours de philosophie et de citoyenneté seront intégrés par dissémination puisque l’enseignement libre confessionnel ne proposera pas de cours dédié mais devra inclure les contenus définis par la Fédération Wallonie-Bruxelles au travers de différentes matières : français, histoire et religion (sans S) catholique.